Pourquoi j’ai créé micamica

Il y a des envies qui mûrissent longtemps. Celle-ci, je la porte depuis des années : créer un site entièrement consacré à la langue catalane, pour les francophones et les anglophones qui ont envie de la découvrir. Le voici. Il s’appelle micamica, et je vais vous raconter pourquoi il existe.
Une langue qu’on entend avant de la comprendre
Mon premier souvenir date de 2005. Je passe la frontière en voiture, direction le sud, et quelques kilomètres plus loin, ma voiture s’arrête. Comme ça, sans prévenir, pour une raison qui reste un mystère. Me voilà immobilisé en Catalogne, au bord de la route, à écouter autour de moi une langue que je ne connaissais pas. Avec le recul, je me dis que ce n’était pas une panne : c’était le destin qui me faisait signe de m’arrêter ici.
Quand on arrive en Catalogne en ne parlant que l’espagnol, on a souvent une petite surprise : les panneaux, les menus, les conversations au café ne sont pas tout à fait dans la langue qu’on attendait. On reconnaît des mots, on en devine d’autres, on sent une parenté avec le français, l’espagnol, l’italien… et pourtant c’est autre chose. Le catalan est une langue à part entière, avec son histoire, sa littérature, ses chansons et son humour.
C’est cette impression, celle d’entendre une langue familière et inconnue à la fois, qui m’a donné envie d’aller plus loin.
Une langue qui a tenu bon
Le catalan a plus de mille ans. Il est né du latin, comme le français, et il a été une grande langue de culture au Moyen Âge.
Il a aussi connu des périodes très dures. Pendant la dictature franquiste, il a été chassé de la vie publique : banni de l’école et de l’administration, longtemps absent des journaux. Il a survécu dans les familles, dans les livres publiés malgré tout, dans les chansons de la Nova Cançó. Quand il a retrouvé sa place, il est revenu à l’école, à la radio, à la télévision, sur scène.
Aujourd’hui, près de dix millions de personnes le comprennent, en Catalogne, dans la région de Valence, aux Baléares, en Andorre (où c’est la seule langue officielle), dans les Pyrénées-Orientales et jusqu’à L’Alguer, en Sardaigne. C’est à peu près autant que la population du Portugal.
Et pourtant, rien n’est acquis. Dans certaines villes, on l’entend moins dans la rue qu’autrefois. Une langue vit tant qu’on la parle, et chaque nouvelle personne qui l’apprend, même un peu, compte. Je ne crois pas qu’il faille en faire un combat. Je crois qu’il faut lui donner envie, et lui ouvrir des portes.
Pourquoi un site en français et en anglais
Il existe de très bonnes ressources pour apprendre le catalan, mais la plupart s’adressent à ceux qui le parlent déjà ou qui vivent sur place. Pour un francophone qui prépare un voyage à Gérone, pour une Anglaise qui vient de s’installer à Sitges, pour un étudiant en Erasmus à Barcelone, il manque souvent une porte d’entrée simple, joyeuse et sans prise de tête.
C’est ce que je veux faire avec micamica :
- des articles courts, qui se lisent en cinq minutes : une expression, un point de grammaire, une fête, une histoire ;
- un mot et une expression chaque jour, pour garder le contact sans effort ;
- les phrases qui ouvrent les portes : dire bonjour, merci, commander, demander son chemin ;
- et bientôt une application, pour apprendre ville par ville, de Barcelone à Perpignan, en passant par Gérone, Tarragone, Lleida, Vic ou Sitges.
Le français et l’anglais ont un avantage : beaucoup de mots catalans y ressemblent. Finestra, llibre, platja… on devine souvent plus qu’on ne croit. Il suffit de commencer.
Mica a mica
Le nom du site vient d’un proverbe catalan que j’aime beaucoup : Mica a mica s’omple la pica, « petit à petit, le bassin se remplit ». C’est exactement l’esprit de micamica : pas de pression, pas de course, un peu chaque jour, à votre rythme.
Quant à notre mascotte, c’est un âne. Pas n’importe lequel : le ruc català, l’âne de Catalogne, une race locale robuste et attachante, aujourd’hui menacée, devenue un symbole affectueux du pays. Têtu, patient, fidèle : les qualités idéales pour apprendre une langue.
Et maintenant ?
Depuis cette panne de 2005, j’ai fait beaucoup de chemin avec les langues : l’espagnol avec telemartin.tv, l’anglais avec English for Frogs. Il manquait le catalan, celui qui m’avait arrêté au bord de la route. C’est chose faite, et je suis heureux de le partager avec vous.
Si vous lisez ces lignes, c’est que vous avez déjà fait le premier pas. Revenez demain pour le mot du jour, parcourez les articles, et n’hésitez pas à dire bon dia à la première occasion. Vous verrez le sourire que ça provoque.
Fins aviat! À bientôt !
Martin